Ce soir, comme promis, j'entreprends un projet qui n'eut point d'exemple, car nul n'est assez cinglé pour ça :
> résumer les livres 1 à 10 de "Depuis la fondation de Rome" de Tite-Live
> en 12 à 20 threads
> avec des blagounettes.
Au menu : livre I, épisode 1, fondons Rome et voyons ses premiers rois !
Rencontrez Romulus, le roi qui KIFFAIT les murs, et ses successeurs plus ou moins hippies.
Un THREAD
D'abord, un petit rappel sur qui est Tite-Live :
Un mec de la haute, né à Padoue, pote avec Octave Auguste aka le premier empereur romain, et dont on ne sait pas grand-chose, sinon qu'il regrettait la république romaine et qu'il a écrit un truc long.
Et son livre, Ab Urbe Condita (depuis la fondation de Rome) est ce truc long. 142 tomes (oui, cent quarante-deux) consacrés à narrer sept cent cinquante années de l'histoire de Rome.
Le mec devait avoir de ces ampoules aux doigts, je vous dis pas.
Tite-Live, dans une préface, explique le projet et voit son intérêt. Est-ce que ça vaut le prix du papyrus ? Est-ce qu'il va avoir un style topissime, ou être super documenté ?
Modeste, il répond : ben pas tellement, mais il aime bien écrire les vieilleries, ça le distrait du présent sombre et corrompu. Certes, l'histoire des premiers temps de Rome, c'est pas fiable fiable, y a des mythes à la pelle, mais faut bien pardonner les Romains, ce n'est que le plus grand peuple du monde après tout.
Bref, lecteurzetrices, vous êtes prévenu.e.s : chez Tite-Live, ça va être 1/ super mythique et 2/ pas extrêmement critique envers Rome.
Mais foin des récriminations, et commençons par la fond... ah non. Par avant la fondation.
Remontons vers 1184 avant J.-C.
Troie vient de tomber.
Deux Troyens en ont réchappé.
Anténor, le sage, qui trouve en chemin un peuple sur qui régner, les Hénètes, et allant fonder sur les bords de l'Adriatique les Vénètes. ( Laisse les gondoles aux Vénètes...
)
Et l'autre Troyen, on ne le présente plus, c'est notre héros du seum, notre Énée auquel nous avons consacré moult moult threads.
Tite-Live vous résume (sa version de) l'Énéide viteuf : Énée :
> arrive en Italie chez les Laurentes
> se fritte avec Latinus roi des Laurentes, soit dans une guerre ouverte, soit en concluant in extremis un traité, dans tous les cas épouse sa fille Lavinia
> fonde Lavinium, a un fils, Ascanius, de Lavinia
> marave Turnus roi des Rutules
Variante de chez Livounet (vous permettez que je l'appelle Livounet ?) : le roi Latinus meurt dans la guerre. Énée est donc seul roi des Troyens ET des Laurentes aussi appelés Aborigènes.
Mais Turnus, point mort dans cette variante, s'unit au méchant roi étrusque de Caere, Mezentius. "Flûte, se dit Énée, comment renforcer mon royaume face à cette attaque ? Je sais ! Je vais fondre les Troyens-Aborigènes en un seul peuple, les LATINS. Ils auront tous les mêmes droits sans préférence nationale."
Quel woke, cet Énée. Alors qu'il aurait pu assurer une domination impérialiste, ah la la #sarcasme
Surprise, ça marche, les Latins tous nés libres et égaux roulent sur Mezentius et Turnus, Énée gagne, décède ensuite de sa belle mort et se fait diviniser outre-tombe sous le nom de Jupiter Indigète.
Lui succède son fils, Ascanius, trop jeune pour régner correctement. Mais heureusement, sa (belle-?)mère Lavinia exerce la régence en héroïne badass et personne ne vient faucher le jeune royaume.
La cité de Lavinium connaît des décennies sans guerre, tant Lavinia impose le respect. La ville devient riche et florissante, mais surpeuplée.
Devenu grand, Ascanius lance : "Wééé Lavinium c'est trop petit, y a trop de monde, c'est blindé comme la station Châtelet pendant les JO, c'est nul je me casse" et va fonder une ville ailleurs. Il la construit étirée entre un lac et un volcan à peu près éteint : c'est Alba Longa, Albe la Longue.
Là, il y fonde sa dynastie.
Les rois d'Albe se succèdent ainsi : Ascanius > Silvius > Énée Silvius > Latinus Silvius > Alba Silvius > Atys Silvius > Capys Silvius > Capetus Silvius > Tiberinus Silvius (qui se noya dans le fleuve local et lui donna ainsi le nom de Tiberis, le Tibre) > Agrippa Silvius > Romulus Silvius (mort frappé par la foudre) > Aventinus Silvius (enterré sur l'Aventin) > Proca Silvius.
Ils fondèrent ainsi l'une des traditions les plus importantes de Rome : avoir tous le même nom c'est insupportaaaaable
Mais enfin Proca (Silvius) eut deux fils : Numitor et Amulius. Numitor avait deux arguments pour devenir roi : 1/ il était l'aîné 2/ son papa lui avait légué le trône des Silvius. Mais Amulius était un teigneux. Et du coup, il éjecte du trône le postérieur de son frangin et devient Silvius à la place de Silvius.
Et pour être sûr de le rester, Amulius zigouille tous les fils de Numitor, et comme il lui reste une fille, Rhéa SILVIA (raah), il la voue à une vie de virginité en la nommant Vestale.
Les jumeaux se mettent à brailler, ce qui attire une louve des montagnes.
Or la louve tient moins des personnages de contes de Grimm que de l'animal providentiel mythique : elle lèche les jumeaux tout perdus et les laisse téter à ses mamelles. Sur ce débarque un berger, Faustulus, qui recueille les petits.
Livounet ne se prive pas de raconter une autre tradition moins mythique, où Larentia la femme de Faustulus est une prostituée, "lupa" en latin, homonyme de louve.
Nourris ou par une louve...
... ou par une travailleuse du sexe, les jumeaux Romulus et Remus grandissent et ont une vie de vrébonhommes au grand air, gardant les troupeaux, chassant les bêtes sauvages, montant une milice privée pour harceler les bandits des monts, cherchez l'intrus.
Or sur le mont Palatin, dans la grotte du Lupercal, se tenait une fête au dieu des bergers Inuus. Romulus et Remus s'y esbaudissaient, quand boum ! des bandits vexés de s'être fait tabasser par leur milice les agressent et kidnappent Remus.
Ohgnon !
Romulus tout désemparé fonce chez son papa adoptif, qui choisit pile ce jour-là pour lui apprendre qu'il n'est pas son fils mais, vu sa gueule de héros(TM), sûrement le petit-fils caché du roi légitime !
Cependant, du côté de Remus :
"Digne Numitor, prince déchu, voici un jeune délinquant qu'on a kidnappé et qui est sûrement un bandit ravageant vos troupeaux.
– Oh ? Vraiment ? Ce beau jeune homme à tête de héros(TM) ? Il ressemble vachement à ma fille. Il a l'âge de mes petits-fils..."
Romulus cependant débarque chez Numitor avec sa milice privée de jeunes bergers, et pouf, en l'espace de deux lignes, le roi déchu, le jumeau demoiselle en détresse et le jumeau warrior font un coup d'État, tuent Amulius, remettent Numitor sur le trône, révèlent tout et obtiennent 100 % du soutien du peuple.
L'efficacité (pré)romaine.
Mais enfin, Romulus et Remus songent, comme jadis Ascanius, qu'Albe, c'est pas bien grand, de toute façon c'est à papi, et qu'ils fonderaient bien une ville.
Ils veulent fonder un bled à l'endroit où le berger Faustulus les a recueillis.
Oui mais, qui donnerait à la ville son nom ? et prendrait subséquemment le trône ? Romulus et Remus se regardent en chiens de faïence tels le PS et LFI.
–On n'a qu'à demander aux dieux, fait Remus.
– Quand tu veux, fait Romulus.
– Le meilleur auspice gagne, fait Remus.
– Chiche, fait Romulus.
–Je monte sur l'Aventin pour regarder !
– Et moi sur le Palatin !
...
Dix minutes plus tard :
– Romulus ! J'ai GAGNÉ !
–Nope, c'est moi qui ai gagné !
– Comment ? J'ai vu six vautours il y a DIX minutes !
– Ben moi, j'ai vu DOUZE oiseaux !!!! (il y a cinq minutes)
La milice de Romulus et Remus se divise : Remus dit qu'il a vu le premier l'auspice, Romulus qu'il en a vu un plus gros, et qui c'est qui a la plus grosse... marque de soutien divin ? Avant que quelqu'un lance : "Et si on faisait appel à un membre de la société civile", le débat tourne en pugilat, Remus se prend une épée quelque part, et meurt, couic.
Livounet nous raconte cependant une version autrement plus poétique :
Vexé par sa défaite, Remus aurait regardé goguenard son frère prendre une araire et tracer par un sillon sacré le dessin des murs de la future ville. Il aurait alors sauté par-dessus le sillon pour rigoler. Mais Romulus, furieux qu'on viole son sillon sacré, son futur MUR, on rigole pas avec les MURS, c'est protégé par les dieux les MURS, aurait zigouillé aussi sec son alter ego en vouant à la mort quiconque franchit son mur.
Romulus offre ensuite des sacrifices pour consacrer la nouvelle ville, dont un à Hercule, un intermède pendant lequel Livounet nous raconte le mythe d'Hercule et de Cacus, que je vous propose d'aller lire dans le pouet https://mastodon.top/@hist_myth/112322381620835134 et suivants.
Romulus se dit ensuite que pour régner, faut en imposer. Il adopte toute une série de signes royaux imités des Étrusques voisins, notamment douze gardes armés d'une double hache, les licteurs.
Il agrandit et agrandit la nouvelle ville.
Or donc, la ville est grande mais un peu vide, manquant notamment de gros bourrins pour y habiter.
Avec une petite pique à Athènes dont c'est la légende officielle, Livounet nous explique que Romulus ne s'invente pas des citoyens nés de la terre. Non, il fait un truc woke à en faire verdir un chroniqueur de Bolloré : il accueille des réfugiés.
Consacrant un lieu d'asile sur le mont Capitole, il intègre à la cité quiconque s'y rend, libre ou esclave, noble ou obscur, pauvre ou riche.
Rome est donc rapidement bourrée de gens, et notamment de gros baraqués qui se battront pour la cité. Romulus nomme alors cent "pères" qui constitueront le sénat de la ville, et leurs descendants seront les patriciens. On s'en reparlera. Beaucoup.
Mais du coup à Rome, telle la Chine après des décennies de politique de l'enfant unique, y a masse de mecs, mais pas assez de meufs.
Romulus et les Pères envoient des demandes en mariage aux peuples voisins.
Qui répondent:
"Se marier avec ces ploucs?"
"Vous savez quoi, les Romains ? Vous devriez aussi donner asile aux p*tes, ça ferait de jolis mariages."
Les Romains goûtent peu cette réponse.
Mais Romulus a un plan.
Il ouvre peu après des superbes jeux, qui certes ne sont pas olympiques, mais célèbrent tout de même avec faste le dieu Neptune. Les peuples voisins, notamment les habitants de Caenina, d'Antemnae, de Crustumerium, 3 bleds du coin, et le grand peuple des Sabins, y accourent.
Mais las ! C'était un piège !
D'abord, les guerriers de la cité de Caenina se ruent sur Rome. Ils sont furax, fumants et super vénères... mais pas assez forts pour Romulus, qui repousse leur attaque, tue leur roi et crée un autel de Jupiter pour y suspendre l'armure pillée sur le mort.
Ensuite, l'armée d'Antemnae envahit le territoire de Rome par surprise... pour se faire tomber dessus en plein pillage ; Romulus les bat, prend leur ville, et accepte de les intégrer au corps des citoyens puisque sa femme le lui demande.
Puis Crustumerium vient à son tour se battre, mais après les défaites des deux précédents, leur moral est si bas qu'ils se font battre et annexer en 5 lignes.
Et puis il y a les Sabins. Les Sabins, c'est une autre paire de manche. Leur roi Titus Tatius est fort, grand et beau, ils sont nombreux, ils sont malins.
Ils assiègent vite la citadelle du mont Capitole, commandée alors par un certain Spurius Tarpeius.
Justement, la fille de Tarpeius, Tarpeia, est sortie puiser de l'eau.
L'armée lui tombe dessus, et Titus Tatius lui dit :
"Tu nous ouvres les portes de ta citadelle ?
– Vous offrez combien ?" répond la donzelle.
Selon les variantes rapportées par Livounet, il lui offre de l'or, et/ou il lui demande ce qu'elle veut, et elle pointe du doigt le bras gauche des Sabins, couverts de bracelets d'or et de boucliers.
"Okidoki", fait Tarpeia, et elle ouvre la citadelle.
Après quoi, Titus Tatius paye sa traîtrise... en la faisant écraser par les boucliers de ses hommes.
@hist_myth Ce n'est que parti Remus #OuiBonJeFaisCeQueJePeux
@hist_myth et chez les pre-romains, c'est pas un mauvais présage de zigouiller son frère ?
Enée aurait pleuré pendant des semaines.
@Mathou C'est super mauvais présage et les poètes latins gloseront sur ça pendant les guerres civiles
@hist_myth
Oh la vache, payer de sa vie le franchissement d'un mur inexistant, c'est la version antique des Mexicains et du Donald ?
@Gobabu Y a une idée de sacrilège dans ce mythe : Remus viole une enceinte consacrée, magique.
(C'est pas notre mentalité, hein)
Donc la qualité pour être Auspice c'est voir des oiseaux ? Donc ça dépend de la distance à laquelle on peut voir j'imagine ?
Donc en fait Romulus et Rémus ont fait un concours pour savoir qui arriverait à auspicer le plus loin et c'est ça qui a déterminé le nom de l'Empire le plus important de l'antiquité?
@lienrag C'est fort bien expliqué dans la suite du texte et dans les notes de mon édition :
Quand on prend les auspices, on délimite une sorte d'espace dans le ciel où les oiseaux doivent entrer, après quoi on peut interpréter leur direction, leur mouvement, leur comportement, etc. En tant que rois (potentiels) Romulus et Remus sont aussi chargés de fonctions religieuses (d'autant qu'ils sont fils de divinité) qui les rendent aptes à prendre les auspices.
Son papa ? Le marie de la louve ?
(ou son souteneur si on choisit l'option deux pattes ?)
Il sort d'où ?
@lienrag Chez son papa adoptif !
Ah j'avais cru comprendre que c'était lui qui avait mis fin à l'ambigüité sémantique du mot "lupa" dans la tradition, se disant prudemment que traiter Auguste Imperator de fils de pute n'était pas vraiment une bonne idée...
Quand est-ce que le choix de la louve à quatre pattes plutôt que celle à deux pattes a été fait, alors ?
On sait pourquoi descendre (par adoption) d'une prostituée était approvué par les romains ?
@lienrag Auguste ne descend pas de Romulus ;) mais se réclame de Iule, le fils d'Énée ! pas forcément par la même branche...
@hist_myth bof en France on a bien eu une tripotée de Louis comme rois
Plus prosaïquement ça me rappelle juste le nom de famille dans notre société actuelle ^^
@Seth Pour l'instant on s'en sort, mais on va voir quand la moitié des personnages du récit s'appelleront Scaevola ou Tullus
@hist_myth ha. C’est vrai que l’histoire a l’air simple de base en plus. Pas trop de persos par exemple